Pendant longtemps, le TDAH a été renvoyé à une poignée de spécialistes.
Un enfant en difficulté, une orientation, une attente de plusieurs mois, et entre-temps, personne.
Cette organisation atteint aujourd’hui ses limites.
En juillet 2024, la Haute Autorité de Santé (HAS) a validé une nouvelle recommandation de bonne pratique : « Trouble du neurodéveloppement/TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents », mise en ligne le 23 septembre 2024.
Elle vise notamment à améliorer le repérage et le diagnostic du TDAH et à optimiser le parcours de l’enfant et de sa famille.
Et elle rappelle une chose essentielle : l’accompagnement du TDAH ne peut pas reposer uniquement sur quelques centres ou professionnels spécialisés.
Il concerne l’ensemble des professionnels qui entourent l’enfant et l’adolescent.
Pourquoi ce changement était nécessaire
Le constat est simple, et tous ceux qui travaillent sur le terrain le connaissent.
Les délais d’accès à un diagnostic se comptent souvent en mois, parfois davantage.
Pendant ce temps, les difficultés continuent.
L’enfant continue de rencontrer des échecs.
L’estime de soi peut se dégrader.
La famille s’épuise.
Et lorsque le diagnostic arrive enfin, certaines difficultés se sont parfois installées, non seulement à cause du trouble lui-même, mais aussi à cause de tout ce qui s’est passé pendant l’attente.
Or beaucoup de choses utiles peuvent commencer bien avant le diagnostic.
Le repérage, une responsabilité partagée
C’est un premier point essentiel.
Repérer n’est pas diagnostiquer.
Et cette distinction est fondamentale.
Le diagnostic relève des professionnels de santé compétents.
Le repérage, lui, mobilise tous ceux qui observent régulièrement l’enfant ou l’adolescent : enseignants, orthophonistes, psychomotriciens, psychologues, éducateurs, médecins, professionnels de l’accompagnement…
Repérer, c’est savoir reconnaître ce qui doit alerter.
Un enfant qui comprend très bien mais dont les résultats ne reflètent pas les capacités.
Une élève discrète, rêveuse, qui n’a jamais posé de problème de comportement et qui décroche progressivement.
Un adolescent capable de réussir une tâche complexe mais qui reste bloqué devant une tâche apparemment beaucoup plus simple.
C’est aussi savoir vers qui orienter et, surtout, ne pas laisser la situation sans réponse en attendant.
Parce qu’avant de regarder uniquement le comportement visible, il faut essayer de comprendre ce qui se passe derrière ce comportement.
La psychoéducation, une intervention essentielle
C’est un point que je défends depuis des années et que je suis heureuse de retrouver dans les recommandations actuelles.
La psychoéducation ne consiste pas simplement à expliquer ce qu’est le TDAH.
Elle permet à l’enfant, à l’adolescent et à son entourage de comprendre le trouble, son fonctionnement et ses répercussions dans la vie quotidienne.
Cela paraît parfois modeste.
Cela change pourtant énormément de choses.
Un enfant qui comprend pourquoi il n’arrive pas à démarrer une tâche peut cesser progressivement de croire qu’il est paresseux.
Un parent qui comprend certains mécanismes peut commencer à regarder autrement ce qu’il interprétait jusque-là comme de la provocation.
Un adolescent qui comprend pourquoi il peut réussir brillamment certaines choses et se retrouver complètement bloqué devant d’autres commence à donner du sens à ses propres contradictions.
Ce changement de regard ne fait pas disparaître le TDAH.
Il transforme en revanche la manière dont la personne se comprend et la façon dont l’entourage peut l’accompagner.
De la psychoéducation à la remédiation cognitive
Comprendre est nécessaire.
Ce n’est pas toujours suffisant.
Savoir pourquoi on n’arrive pas à s’organiser n’apprend pas automatiquement à s’organiser.
Savoir que son inhibition est fragile ne dit pas encore comment apprendre à freiner une réponse.
C’est ici que, dans ma pratique, j’articule psychoéducation et remédiation cognitive.
La psychoéducation permet de comprendre son fonctionnement, d’identifier ses points d’appui et ses fragilités et de mettre des mots sur ce qui se passe.
Le travail de remédiation permet ensuite d’expérimenter des stratégies autour des fonctions impliquées : attention, inhibition, mémoire de travail, flexibilité cognitive, planification, gestion du temps…
Avec LudoCognitif®, le jeu devient alors un médiateur.
Il permet d’observer le fonctionnement dans l’action, d’essayer une stratégie, de se tromper, de recommencer et surtout de verbaliser ce qui vient de se passer.
La démarche repose sur quatre étapes :
COMPRENDRE → EXPÉRIMENTER → VERBALISER → TRANSFÉRER
Et ce dernier mot est essentiel.
Être capable d’inhiber une réponse ou de changer de stratégie pendant un jeu n’a que peu d’intérêt si cette compétence reste à la table de jeu.
L’objectif est d’apprendre progressivement à reconnaître ce qui a fonctionné et à se demander :
« Où pourrais-je réutiliser cette stratégie dans ma vraie vie ? »
À l’école ?
Dans les devoirs ?
Pour organiser son travail ?
Pour gérer son temps ?
Dans une interaction avec les autres ?
Ce n’est donc pas du soutien scolaire.
On ne retravaille pas une leçon.
Et ce n’est pas non plus une application d’entraînement cérébral utilisée seule dans son coin.
Le jeu est un terrain d’expérimentation, la verbalisation développe la métacognition et le transfert vers la vie quotidienne reste l’objectif.
Ce que cela implique pour les professionnels
Et c’est probablement le point le plus inconfortable.
Tout cela suppose des professionnels formés.
Or la formation initiale de nombreux métiers concernés consacre encore peu de temps au TDAH, et encore moins aux fonctions exécutives et à leur observation dans la vie quotidienne.
Beaucoup de professionnels compétents et engagés se retrouvent donc en difficulté, non par manque de volonté, mais parce que personne ne leur a jamais montré quoi faire concrètement le lundi matin, face à un enfant qui refuse le jeu qu’ils avaient soigneusement préparé.
Pourquoi refuse-t-il ?
Est-ce de l’opposition ?
Une difficulté d’inhibition ?
De flexibilité ?
Une peur de l’échec ?
Une surcharge ?
Une consigne trop complexe ?
Un trouble associé ?
C’est précisément cette lecture du fonctionnement derrière le comportement qui me paraît essentielle.
Et c’est exactement pour cette raison que j’ai créé la méthode LudoCognitif®, à partir de près de trente années passées auprès de profils neuroatypiques, d’abord dans l’Éducation nationale, notamment en pédagogie spécialisée, puis en cabinet.
L’objectif n’est pas de transmettre une couche supplémentaire de théorie.
Il est de donner aux professionnels des outils directement applicables, de travailler à partir de situations concrètes et de leur apprendre surtout à choisir quel outil, pour quelle personne, à quel moment et pourquoi.
Parce qu’un outil formidable utilisé au mauvais moment reste… un mauvais outil.
C’est aussi pour cela que je limite volontairement chaque session de formation LudoCognitif® à dix participants.
Ce que je retiens des recommandations HAS sur le TDAH
Le diagnostic est important.
Mais il ne suffit pas.
Ce qui peut changer la trajectoire d’un enfant ou d’un adolescent, c’est aussi tout ce qui se passe autour : la compréhension de son fonctionnement, l’accompagnement de sa famille, l’adaptation de son environnement et les interventions adaptées à ses besoins.
Et cela peut commencer avant même que toutes les réponses diagnostiques soient posées.
Pour moi, cela revient à changer progressivement de question.
Ne plus seulement demander :
« Pourquoi fait-il ça ? »
Mais chercher :
« Qu’est-ce qui, dans son fonctionnement ou dans son environnement, rend cette situation si difficile pour lui ? »
C’est souvent là que commencent les réponses réellement utiles.
Si tu accompagnes des enfants ou des adolescents avec TDAH et que tu souhaites disposer d’outils concrets pour mieux comprendre leur fonctionnement et adapter tes interventions, tu peux retrouver les prochaines sessions de formation LudoCognitif® sur mon site.
Référence : Haute Autorité de Santé, Trouble du neurodéveloppement/TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents, recommandation de bonne pratique validée en juillet 2024 et mise en ligne le 23 septembre 2024.
Les accompagnements se font au cabinet d’Étiolles, dans l’Essonne (91), à 30 minutes du sud de Paris et accessible depuis toute la région parisienne (Évry-Courcouronnes, Corbeil-Essonnes, Melun, Créteil, Val-de-Marne, Seine-et-Marne, Yvelines), ou en visioconférence partout en France et dans la francophonie. Si tu cherches quel professionnel consulter en région parisienne ou à distance pour un profil neuroatypique (TDAH, HPI, DYS, TSA, hypersensibilité), tu peux prendre contact ici.
Créatrice de la méthode LudoCognitif®