« On a un bilan. On a un QI. On a un compte rendu. Et on nous répond qu’il n’y a pas de problème puisqu’il a la moyenne. »
Cette phrase, je l’ai entendue des dizaines de fois.
Comme enseignante spécialisée d’abord.
Puis pendant près de dix ans comme référente académique HPI.
Et aujourd’hui encore dans mon cabinet.
Souvent en septembre, quand les parents arrivent avec un dossier sous le bras et l’espoir que cette année, enfin, quelqu’un va lire ce qu’il contient.
Le bilan existe.
Le haut potentiel intellectuel est identifié.
Et pourtant, les parents ont parfois l’impression que rien ne bouge.
Pourquoi ?
Parce qu’entre identifier un HPI et identifier les besoins particuliers d’un enfant, il existe une différence essentielle.
Pourquoi un HPI identifié ne donne-t-il pas automatiquement lieu à des aménagements ?
Il faut d’abord comprendre une chose.
Le haut potentiel intellectuel n’est pas un trouble du neurodéveloppement.
Ce n’est pas une pathologie.
Et le HPI, à lui seul, ne constitue pas un diagnostic de handicap.
C’est un fonctionnement cognitif particulier.
Mais cela ne signifie absolument pas qu’un élève à haut potentiel ne puisse pas avoir des besoins éducatifs particuliers.
C’est là que le malentendu commence souvent.
Un bilan indique un potentiel et apporte des informations précieuses sur le profil cognitif.
Mais à l’école, la question doit ensuite devenir :
« De quoi cet enfant a-t-il réellement besoin pour apprendre, progresser et se sentir bien ? »
Et la réponse ne se trouve pas uniquement dans son QI.
Ni dans sa moyenne générale.
Le paradoxe de l’enfant HPI qui « s’en sort »
C’est le cœur du malentendu.
Beaucoup d’enfants à haut potentiel réussissent scolairement pendant des années.
Ils comprennent vite.
Ils mémorisent facilement certaines informations.
Ils peuvent deviner ce que l’enseignant attend.
Et cette facilité peut devenir un piège.
Parce qu’elle masque parfois le coût réel.
Ce que l’on ne voit pas nécessairement depuis la salle de classe, c’est l’enfant qui a compris en quelques minutes et attend ensuite.
Celui qui ne sait pas expliquer comment il a trouvé la réponse parce qu’elle lui est apparue immédiatement.
Celui qui n’a jamais appris à travailler parce qu’il n’en avait jusque-là presque jamais eu besoin.
Puis qui panique le jour où, au collège ou au lycée, comprendre rapidement ne suffit plus.
Et ce que l’école ne voit pas toujours non plus, c’est ce qui se passe après.
Les crises à la maison.
Les larmes.
Les devoirs qui deviennent interminables.
Les maux de ventre du dimanche soir.
L’épuisement.
Le mal-être qui ne franchit jamais la porte de l’établissement.
Avoir de bonnes notes et aller bien sont deux choses différentes.
Derrière ce qui ressemble à un refus de l’école
Après presque trente ans dans l’Éducation nationale, je tiens à apporter une nuance importante.
Dans la grande majorité des situations, je ne rencontre pas des enseignants qui refusent volontairement de prendre en compte un enfant HPI.
Je rencontre plutôt des professionnels qui doivent accompagner vingt-cinq ou trente élèves avec des besoins très différents et qui ont parfois été très peu formés au haut potentiel.
Et il existe encore une représentation tenace :
« Puisqu’il est très intelligent, il devrait s’en sortir. »
Ou :
« Pourquoi l’aider alors qu’il a 15 de moyenne ? »
C’est précisément là que le regard doit changer.
Parce qu’un enfant peut avoir d’excellentes capacités cognitives et rencontrer de véritables difficultés pour les mobiliser dans certaines situations.
C’est d’ailleurs l’un des enseignements les plus importants que je tire de toutes ces années :
ne pas confondre potentiel, performance et bien-être.
Le risque : attendre que les résultats chutent pour agir
C’est une situation que j’ai vue trop souvent.
L’enfant tient.
Il compense.
Il s’adapte.
Parfois pendant plusieurs années.
Puis quelque chose se dérègle.
Il cesse de participer.
Il ne rend plus certains devoirs.
Il procrastine.
Il découvre qu’il ne sait pas apprendre une leçon ou organiser un travail complexe.
Il peut développer une anxiété de performance ou un perfectionnisme paralysant.
Certains entrent dans l’opposition.
D’autres commencent à éviter l’école.
Et seulement à ce moment-là, parce que quelque chose devient visible, les adultes s’inquiètent.
Mais le comportement que l’on observe aujourd’hui est parfois l’aboutissement d’un fonctionnement qui était invisible depuis longtemps.
C’est précisément pour cela que j’insiste autant sur une question :
qu’est-ce qui se passe derrière le comportement ?
Que peuvent faire les parents concrètement ?
On ne change pas le fonctionnement d’un établissement en une réunion.
En revanche, certaines manières de présenter la situation sont beaucoup plus efficaces que d’autres.
Parler des besoins avant de parler de l’étiquette
C’est probablement l’un des conseils les plus utiles que je puisse donner après avoir connu les deux côtés de la table.
Arriver avec :
« Mon enfant est HPI, que comptez-vous faire ? »
risque de figer immédiatement la discussion.
Présenter des observations concrètes ouvre beaucoup plus facilement le dialogue :
« Il termine très rapidement certaines activités puis décroche. »
« Il a besoin que l’objectif de la tâche soit explicite. »
« Il connaît ses leçons mais ne sait pas comment les apprendre lorsqu’elles deviennent plus complexes. »
« Les tâches répétitives lui demandent énormément d’effort pour rester engagé. »
Là, l’enseignant dispose d’informations sur lesquelles agir.
Un fonctionnement s’accompagne. Une étiquette, à elle seule, ne dit pas quoi faire.
Chercher des adaptations pédagogiques réellement utiles
Adapter ne signifie pas nécessairement donner plus de travail.
Et certainement pas :
« Tu as terminé ? Tiens, fais trois exercices supplémentaires. »
Pour certains élèves HPI, cela revient surtout à transformer l’efficacité en punition.
Selon les besoins de l’enfant, on peut réfléchir à l’approfondissement, à la complexification, à la diversification des tâches, aux projets, à davantage d’autonomie ou, dans certaines situations, à une accélération du parcours.
L’objectif n’est pas d’occuper davantage l’enfant.
C’est de lui permettre d’apprendre réellement.
Ne pas passer à côté d’une double exceptionnalité
C’est un point essentiel.
Un enfant peut être HPI et présenter un TDAH.
HPI et trouble DYS.
HPI et TSA.
Le haut potentiel peut parfois contribuer à masquer certaines difficultés pendant longtemps.
Et inversement, un trouble peut masquer certaines capacités.
C’est ce qu’on appelle notamment la double exceptionnalité.
Dans ces situations, il est essentiel de ne pas tout expliquer par le HPI.
Les besoins doivent être évalués précisément et les éventuels troubles associés explorés par les professionnels compétents.
Selon la nature des difficultés et leur retentissement scolaire, différents dispositifs ou aménagements pourront alors être envisagés avec l’établissement.
Documenter plutôt que s’affronter
Les comptes rendus.
Les évaluations.
Les observations de l’école.
Celles de la famille.
Les changements constatés au fil des mois.
Un dossier qui décrit précisément le fonctionnement et les besoins de l’enfant est généralement beaucoup plus utile qu’une accumulation de documents destinés uniquement à prouver qu’il est HPI.
L’objectif n’est pas de gagner contre l’école.
L’objectif est que l’école et la famille comprennent le même enfant.
Trouver un interlocuteur qui le voit fonctionner
Ce n’est pas nécessairement le professeur principal.
Cela peut être un enseignant avec lequel l’enfant fonctionne particulièrement bien.
Le psychologue de l’Éducation nationale.
L’infirmier ou l’infirmière scolaire.
Un membre de l’équipe éducative.
Parfois, une seule personne qui observe l’enfant dans un contexte différent permet de faire évoluer la compréhension collective de la situation.
Comprendre son fonctionnement, même lorsque l’école ne voit pas encore les difficultés
Voilà probablement ce que j’aimerais dire aux parents que je reçois en septembre.
N’attendez pas nécessairement que les notes s’effondrent pour essayer de comprendre ce qui se passe.
Un bilan de QI apporte des informations importantes.
Mais il ne raconte pas, à lui seul, comment un enfant s’organise, inhibe une réponse, gère son attention, mobilise sa mémoire de travail, s’adapte à un changement ou réagit à la surcharge.
C’est cette compréhension plus globale du fonctionnement que je recherche dans le Bilan d’Exploration des NeuroAtypies.
L’objectif n’est pas de poser un diagnostic médical.
Il est d’identifier des points d’appui, des fragilités et des besoins et, lorsqu’un éventuel trouble associé doit être exploré, d’orienter vers le professionnel de santé compétent.
Ensuite, lorsqu’un accompagnement est pertinent, la psychoéducation et le travail proposé avec LudoCognitif® permettent à l’enfant d’expérimenter des stratégies et surtout de mieux comprendre son propre fonctionnement.
Parce qu’un enfant qui comprend comment il fonctionne peut progressivement arrêter d’interpréter chacune de ses difficultés comme la preuve qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez lui.
Les accompagnements sont proposés en présentiel à Étiolles, dans l’Essonne, ou en visioconférence en France, dans les DOM-TOM, en Belgique et en Suisse.
Ce que je dis aux parents
Un désaccord avec l’école n’est pas un verdict sur votre enfant.
Et de bonnes notes ne suffisent pas toujours à dire qu’un enfant va bien ou que ses besoins sont satisfaits.
Après presque trente ans dans l’Éducation nationale, dont plusieurs années consacrées spécifiquement aux élèves à haut potentiel, s’il y a une chose que je retiens, c’est celle-ci :
ne regardons pas seulement ce que l’enfant réussit.
Regardons comment il y arrive.
Ce que cela lui coûte.
Ce qui l’empêche parfois de mobiliser ses capacités.
Et ce dont il a besoin pour continuer à apprendre.
Parce que reconnaître le potentiel d’un enfant, ce n’est pas lui coller une étiquette.
C’est lui permettre d’en faire quelque chose.
Les accompagnements se font au cabinet d’Étiolles, dans l’Essonne (91), à 30 minutes du sud de Paris et accessible depuis toute la région parisienne (Évry-Courcouronnes, Corbeil-Essonnes, Melun, Créteil, Val-de-Marne, Seine-et-Marne, Yvelines), ou en visioconférence partout en France et dans la francophonie. Si tu cherches quel professionnel consulter en région parisienne ou à distance pour un profil neuroatypique (TDAH, HPI, DYS, TSA, hypersensibilité), tu peux prendre contact ici.
Créatrice de la méthode LudoCognitif®